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Pourquoi supprimons-nous également la montre lors d'un week-end auCalme ?

"Ne pas pouvoir instantanément regarder l'heure déstabilise d'abord. Rapidement on se surprend à faire les choses à un autre rythme, manger quand on a faim, prolonger la promenade, s'arrêter au café... C'est une autre expérience du temps que je ne suis pas près d'oublier." Victoria et Arthur - explorateurs auCalme

A quoi bon mesurer le temps ?

Au lycée, je n’étais pas un élève très attentif aux cours de physique. Elle me semblait bien inutile en comparaison de l’histoire, du français, des langues, de la philosophie... Je m’en tirais bien en bachotant un peu la veille des contrôles. Puis elle m’a laissé tranquille jusqu'à ma deuxième année d’école de commerce.

En 2013, Etienne Klein, physicien, philosophe des sciences, professeur à l’école Centrale Paris vient nous faire une conférence. Ce dandy aux allures de Keith Richards débarque sur scène, fait face à une centaine d’étudiants de l’ESSEC pétris de certitudes et leur dit : “Je vous dis d’emblée mon admiration. Vous suivez des cours de finance, de marketing et de management plusieurs fois par semaine, et pour moi c’est un exploit. Vous acceptez d’entendre ces choses à longueur de semaines : vous devez avoir des qualités morales ou intellectuelles que je n’ai pas et je vous félicite.”

Comme vous pouvez le constater dans la vidéo de cette conférence, l’assemblée était pour le moins dubitative. Seulement, il s’en suit une heure d’un cours passionnant qui a personnellement changé ma façon d’appréhender la physique. Et de là, mon rapport au monde. Rien que ça.

Des quelques lectures que j’ai faites et assimilées avec plus ou moins de succès depuis ce jour de janvier 2013, celles qui traitaient de notre rapport au temps m’ont le plus marqué. Et cette question lancinante : le temps existe t-il ?

Pour préparer cet article, et éviter de raconter trop d’inepties, j’ai écouté cette conversation passionnante entre Etienne Klein et le physicien Carlo Rovelli sur France Culture.

Depuis Einstein et la relativité restreinte de 1905, il est admis qu’il n’y a pas de temps absolu dans l’univers (théorie Newtonienne). Le temps perd son unicité, temps et espace sont liés. Cela veut dire plus simplement qu’il y a autant de temps différents que d’observateurs différents. Il y a un temps pour moi qui écrit cet article à mon bureau, et un temps pour Clément qui est assis au bureau d’à côté. La différence est négligeable car nous sommes dans le même référentiel, mais la différence existe. Autrement illustré, la durée d’écoulement du temps de deux horloges à deux altitudes différentes n’est pas la même. Quelques nano-secondes certes mais n’est-ce pas perturbant ?

Dès lors si le “temps vrai” n’existe pas, à quoi bon le mesurer ?

Je ne souhaite pas m’étendre plus longtemps sur des concepts qui me dépassent et que je risque de mal retranscrire mais simplement sur des questions que je me pose naïvement comme un enfant de 6 ans le ferait :

  • Pourquoi a t-on décidé qu’un an serait équivalent à la révolution de la terre autour du soleil ?
  • Est-on forcément plus vieux si on a pu observer la terre tourner plus de fois autour du soleil ?
  • Pourquoi y-a-t-il sept jours dans une semaine ? 24 heures dans une journée ? 60 secondes dans une heure ?
  • Pourquoi je déjeune toujours à 12h30 alors que la longueur du jour varie ?

Questions triviales ? Pas si sûr.

Je vous invite à écrire ces questions sur Google et (re)découvrir, par exemple, que les sumériens, il y a de ça 3000 ans, avaient l’habitude de compter leurs troupeaux en base 60 ; base qu’on a gardé pour le décompte de nos minutes et secondes…

Autre découverte intéressante, au deuxième millénaire avant Jésus-Christ, les égyptiens ont inventé les premières horloges solaires qui divisaient le jour et la nuit en deux fois douze heures. Été comme hiver, le jour et la nuit duraient invariablement douze heures. Ainsi : selon la saison, les heures n’avaient pas toujours la même durée d’écoulement.

Pas si trivial finalement.

Au fil des millénaires, le rapport au temps a été mesuré, calculé, rationalisé. L’expression : “J’ai pas le temps” est devenu un mantra. Nous sacralisons les heures rondes, comme pour nous rassurer, pour être bien sûrs d’être dans le cadre. Nous mettons nos réveils à 7h00, courrons 1h00, déjeunons en 45 minutes, nous brossons les dents en 3 minutes, méditons 10 minutes, avons rendez-vous avec Pierre pour une bière à 18h00 et avec Paul pour dîner à 21h00. Nous voulons aller vite, très vite, plus vite. Nous courons constamment contre le temps comme des poulets sans tête, répétant avec assurance cet horrible aphorisme appris dès notre plus jeune âge dans Picsou Magasine : “Le temps c’est de l’argent.” et nous oublions l’essentiel, à savoir que : “[...] le Temps est un joueur avide Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.”

Le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa, auteur de Accélération. Une critique social du temps (La découverte, 2010) met en lumière ce paradoxe dans une interview donnée au journal Le Monde en avril 2016 : “Je me suis ensuite demandé pourquoi nous sommes toujours à court de temps. Dans les sociétés occidentales, les gens semblent toujours pressés, en retard… ce qui est assez curieux au regard du gain de temps résultant des progrès technologiques. C’est comme s’il y avait une corrélation entre le temps que l’on économise et la sensation d’en manquer.”

Avec auCalme, nous voulons briser cette logique, ou plutôt cette absurdité. Nous souhaitons vous faire vivre un week-end sans rythme prédéfini, où une heure ne veut rien dire, où vous vous réveillez quand vous n’avez plus sommeil et vous déjeunez quand vous avez faim. On veut vous faire vivre un week-end où la question “Quelle heure est-il ?” n’aura plus aucun sens.

Plutôt vivre hors du temps

“Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps.” - Françoise Sagan

Nous avons conscience qu’il n’est pas facile de se dire “Ce week-end, je ne me préoccupe pas de l’heure !” et de s’y tenir. Tout comme il n’est pas facile de déconnecter volontairement : nos habitudes ont la vie dure. C’est pourquoi nous vous y aidons en vous “confisquant” votre montre. Alors évidemment, c’est la levée de bouclier :

“Mais comment sait-on si le restaurant est ouvert ?”

“Comment fait-on pour cuisiner ?”

“Comment être sûr que le musée ne va pas fermer ?”

 

Et bien on ne sait pas. Et parfois, les galères s’enchaînent. Et le sel de l’expérience se révèle.

 

Comme Victor et Aurore, qui ont mal jugé la course du soleil, et qui sont partis à pieds chez un producteur qui n’osait pas les laisser repartir après que le soleil fut couché et qui déboucha bouteilles sur bouteilles de calvados. Ou Ivan et Salomé qui se sont faufilés dans des anciennes galeries de la première guerre mondiale après avoir raté de peu la dernière visite guidée et qui se sont fait une belle frayeur lorsqu’ils sont tombés nez à nez avec un guide en tenue de spéléologie. Ou bien encore Blandine et Pierre-Yves qui n’ont pas trouvé de restaurant ouvert pour dîner mais qui ont fini à la fête du village dans la MJC (Maison de la Jeunesse et de la Culture) municipale à danser et rigoler avec les habitants du coin.

 

Ne pas savoir l’heure comporte un risque d’être en retard, de trouver porte close, de tourner en rond, mais qu’est-ce qu’être en retard lorsqu’on est en week-end en amoureux et qu’on n’a absolument aucune obligation ? Ne pas savoir l’heure est surtout un moyen de revenir à l’essentiel, d’écouter son corps, de vivre avec le soleil, de lâcher prise.

 

Et je conclurai sur cette superbe phrase de Tocqueville : “Ce que le vulgaire appelle du temps perdu est bien souvent du temps gagné.”...

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